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ToggleGestion efficace des comportements selon Steve Bissonnette : méthode, principes et application concrète
Mis à jour le 17/07/2026 par Julien Bonnin
La gestion efficace des comportements selon Steve Bissonnette repose sur un postulat simple mais exigeant : les comportements attendus ne s'improvisent pas, ils s'enseignent. Chercheur québécois à l'Université TÉLUQ et spécialiste reconnu de l'enseignement explicite, Bissonnette a formalisé une approche structurée qui a transformé durablement les pratiques dans les établissements scolaires francophones. Cet article vous expose ses fondements, sa mise en œuvre et les conditions de réussite — avec les mêmes exigences de méthode que nous appliquons dans notre travail d'organisation et de gestion.
Qui est Steve Bissonnette et pourquoi son approche fait-elle référence ?
Steve Bissonnette est professeur-chercheur à l'Université TÉLUQ (Québec) et l'un des principaux défenseurs de l'enseignement explicite dans l'espace éducatif francophone. Son approche de la gestion efficace des comportements s'inscrit dans un mouvement plus large dit « d'enseignement direct » (Direct Instruction), issu des travaux de Siegfried Engelmann aux États-Unis et popularisé dans les pays anglo-saxons sous l'appellation PBIS (Positive Behavioral Interventions and Supports).
Avec ses collègues Mario Richard et Clermont Gauthier, Bissonnette a co-publié plusieurs ouvrages structurants, dont Enseignement explicite et réussite des élèves (Chenelière Éducation) et La gestion efficace de la classe — des références vérifiables, disponibles dans les catalogues universitaires québécois et diffusées dans les établissements scolaires depuis plus de quinze ans.
Ce qui distingue Bissonnette des approches intuitives ou purement relationnelles, c'est la rigueur épistémologique : ses recommandations sont systématiquement ancrées dans des méta-analyses et des recherches empiriques, notamment celles de Robert Hattie (Visible Learning, 2009), qui classent la gestion de classe parmi les facteurs les plus influents sur la réussite scolaire.
Dans notre expérience de consultant en gestion organisationnelle, nous retrouvons le même enjeu dans les entreprises et les équipes : les règles non enseignées ne sont pas appliquées. Ce n'est pas une question de mauvaise volonté, c'est une question de clarté du signal.
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Quels sont les principes fondamentaux de la gestion efficace des comportements ?
La gestion efficace des comportements selon Bissonnette repose sur quatre principes non négociables : définir explicitement les attentes, les enseigner systématiquement, reconnaître les comportements attendus et corriger les écarts de manière cohérente.
1. Définir avant d'exiger
Aucune attente comportementale ne peut être maintenue si elle n'a pas été formulée avec précision. Bissonnette insiste sur le fait que les règles doivent être rédigées en termes positifs et observables. Plutôt que « ne pas déranger », on formulera « lever la main avant de prendre la parole ». Cette distinction semble mineure — elle est en réalité déterminante pour la transmission.
2. Enseigner comme un contenu académique
C'est le cœur de la démarche : les comportements attendus ne sont pas des normes implicites que l'on espère voir émerger naturellement. Ils font l'objet d'un enseignement délibéré, avec modélisation, pratique guidée et pratique autonome — exactement comme on enseigne la multiplication ou la conjugaison.
3. Reconnaître positivement et de façon spécifique
Les recherches sur le conditionnement opérant (Skinner, puis les travaux en psychologie comportementale) montrent que le renforcement positif immédiat et spécifique ancre les comportements désirés. Bissonnette préconise un ratio d'au moins 4 feedbacks positifs pour 1 correction — un équilibre que nos observations terrain confirment comme sous-estimé dans la plupart des structures.
4. Corriger sans escalade
Quand un comportement dévie, la réponse doit être prévisible, graduée et dépourvue d'affect. On corrige l'erreur, on ne punit pas la personne. Cette distinction est fondamentale pour maintenir un climat de confiance.
| Principe | Action concrète | Erreur fréquente |
|---|---|---|
| Définir les attentes | Rédiger des règles positives et observables | Règles vagues ou formulées en négatif |
| Enseigner | Modéliser, pratiquer, réviser | Supposer que les règles sont comprises |
| Reconnaître | Feedback positif spécifique et fréquent | Ignorer les comportements attendus |
| Corriger | Réponse graduée, neutre et cohérente | Réactions émotionnelles ou incohérentes |
Comment fonctionne l'enseignement explicite des comportements ?
L'enseignement explicite des comportements suit une séquence en trois temps bien délimitée : le « je fais » (modélisation par l'enseignant ou le responsable), le « nous faisons » (pratique guidée avec rétroaction) et le « tu fais » (pratique autonome avec vérification).
Étape 1 — Je fais : la modélisation
Le responsable ou l'enseignant montre le comportement attendu dans les conditions réelles d'exercice. Il ne décrit pas — il démontre. Si la règle est « se déplacer sans bruit dans le couloir », il parcourt lui-même le couloir en silence, en nommant ce qu'il fait à voix haute : « Je pose le pied doucement, je tiens ma trousse contre moi, je regarde devant moi. »
Cette étape prend moins de deux minutes mais elle est systématiquement sautée dans les organisations qui se contentent d'afficher leurs règles sur un mur.
Étape 2 — Nous faisons : pratique guidée
Les apprenants reproduisent le comportement pendant que le responsable observe, corrige et valide immédiatement. La rétroaction est descriptive : « Tu as bien maintenu le contact visuel, mais ta voix était encore trop haute pour cet espace. »
Étape 3 — Tu fais : pratique autonome
Les apprenants reproduisent le comportement sans assistance directe. Le responsable observe à distance et note les écarts pour les traiter collectivement en fin de séquence, sans pointer d'individus.
Cette séquence n'est pas réservée à l'école primaire. Nous l'avons vu appliquée avec succès dans des équipes commerciales, des services administratifs et des structures médico-sociales. L'enjeu est identique : réduire l'ambiguïté pour augmenter la conformité.
Pour aller plus loin sur la structuration des processus internes, nous vous invitons à consulter nos ressources sur la mise en place de protocoles organisationnels sur sygestim-agda.fr.
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La pyramide d'interventions : un outil structurant
La pyramide d'interventions est l'un des outils les plus connus associés à l'approche Bissonnette. Structurée en trois niveaux, elle hiérarchise les réponses en fonction de l'intensité du besoin.
Niveau 1 — Universel (80 à 85 % des individus) Les pratiques de gestion efficace des comportements appliquées à l'ensemble du groupe suffisent pour que la très grande majorité se comporte selon les attentes. C'est l'enseignement explicite des règles, les routines claires et le renforcement positif fréquent.
Niveau 2 — Ciblé (10 à 15 % des individus) Certains individus ont besoin d'un soutien supplémentaire, non parce qu'ils sont « difficiles » mais parce que les interventions universelles ne suffisent pas pour eux. Des stratégies ciblées s'imposent : vérifications quotidiennes, accompagnement renforcé, adaptation de l'environnement.
Niveau 3 — Intensif (1 à 5 % des individus) Un très petit nombre d'individus présente des besoins qui nécessitent des interventions individualisées, pluridisciplinaires et soutenues dans le temps.
Cette pyramide — proche du modèle RTI (Response to Intervention) développé aux États-Unis — a l'avantage d'orienter les ressources là où elles sont réellement nécessaires, sans sur-réagir ni sous-réagir.
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Pourquoi l'approche Bissonnette est-elle plus efficace que les méthodes réactives ?
L'approche réactive est celle que nous connaissons tous par défaut : on attend qu'un comportement problématique apparaisse pour intervenir. Bissonnette, comme l'ensemble de la littérature PBIS, démontre que cette logique est à la fois coûteuse en énergie et peu efficace à moyen terme.
La raison est structurelle : une intervention réactive envoie un signal ambigu. Elle dit ce qui est interdit, rarement ce qui est attendu. Elle crée un rapport d'autorité fondé sur la sanction plutôt que sur la compréhension des attentes. Et elle place le responsable dans une posture d'arbitre plutôt que d'architecte de l'environnement.
L'approche proactive de Bissonnette inverse cette logique. Elle réduit mécaniquement les comportements problématiques en augmentant la clarté des attentes et la fréquence des renforcements positifs. Dans les établissements qui ont mis en œuvre le PBIS de façon cohérente, les études nord-américaines (notamment celles relayées par le PBIS Technical Assistance Center, opéré sous l'égide du U.S. Department of Education) rapportent des diminutions mesurables des incidents disciplinaires sur la première année de mise en œuvre.
Nous avons observé la même dynamique dans des contextes organisationnels non scolaires : une équipe où les comportements attendus sont explicitement définis et régulièrement reconnus génère notablement moins de conflits et d'allers-retours managériaux.
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Comment adapter ces principes à votre contexte organisationnel ?
La gestion efficace des comportements selon Steve Bissonnette a été développée dans un contexte scolaire, mais ses principes sont transférables à toute organisation où des comportements collectifs doivent être stabilisés : services administratifs, associations, équipes commerciales, structures d'accueil.
Voici la démarche que nous recommandons pour une adaptation rigoureuse :
- Audit des comportements actuels : identifier les comportements qui posent problème et ceux qui fonctionnent bien, sans jugement de valeur.
- Formulation des attentes positives : rédiger en termes observables ce que vous attendez dans les situations critiques (réunion, accueil de public, gestion de conflits internes).
- Séquence d'enseignement : planifier au moins une session de modélisation et de pratique guidée par comportement critique, à l'occasion d'une réunion d'équipe ou d'une formation courte.
- Tableau de bord de reconnaissance : formaliser le suivi des comportements attendus, même simplement avec un tableau partagé ou un outil de gestion d'équipe.
- Protocole de correction : définir à l'avance les étapes de correction graduée, pour éviter les réponses improvisées et émotionnelles.
Une responsable de structure médico-sociale avec qui nous avons travaillé sur ce type de déploiement nous confiait : « La première fois qu'on a fait une vraie modélisation de comportement en réunion d'équipe — comment répondre au téléphone, comment accueillir une réclamation — tout le monde a ri. Et puis, trois semaines plus tard, les appels tendus avaient diminué de moitié. Pas parce qu'on avait menacé quelqu'un, mais parce qu'on avait enfin montré ce qu'on voulait. »
Pour approfondir les fondements théoriques de l'enseignement explicite, vous pouvez consulter la page Wikipedia consacrée à l'enseignement explicite, qui présente les bases conceptuelles et les principaux auteurs du domaine.
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Questions fréquentes
Q : Steve Bissonnette est-il applicable en dehors du milieu scolaire ? R : Oui. Les principes de l'enseignement explicite des comportements — définir, enseigner, reconnaître, corriger — s'appliquent à tout contexte où des comportements collectifs doivent être structurés. Les organisations qui l'ont mis en œuvre hors du monde scolaire (associations, services publics, équipes de soins) rapportent des améliorations durables du climat de travail.
Q : Combien de temps faut-il pour voir des résultats avec cette approche ? R : Les premières améliorations (réduction des incidents, meilleur respect des routines) sont généralement observables dans les quatre à six semaines suivant une mise en œuvre cohérente du niveau universel. Les bénéfices se consolident sur l'année complète.
Q : L'approche Bissonnette est-elle compatible avec une gestion bienveillante ou non punitive ? R : Complètement. Bissonnette ne préconise pas la tolérance zéro ni la punition sévère. Il insiste au contraire sur la cohérence, la neutralité émotionnelle lors des corrections et la primauté du renforcement positif. L'approche est fondamentalement respectueuse des individus tout en maintenant des exigences claires.
Q : Quels outils concrets utilise-t-on pour mettre en œuvre la pyramide d'interventions ? R : Au niveau universel, on utilise principalement des matrices comportementales (tableau croisant les lieux/situations et les comportements attendus), des routines formalisées et des systèmes de reconnaissance. Au niveau ciblé, on ajoute des fiches de suivi individuel et des check-ins quotidiens.
Q : Faut-il une formation spécifique pour appliquer la méthode Bissonnette ? R : Une lecture sérieuse de ses ouvrages (notamment La gestion efficace de la classe, disponible chez Chenelière Éducation) suffit pour démarrer. Des formations courtes existent via l'Université TÉLUQ et plusieurs centres de formation continue au Québec et en France. Pour une mise en œuvre organisationnelle, l'accompagnement par un consultant est un accélérateur utile.
Q : Quelle est la différence entre PBIS et l'approche Bissonnette ? R : PBIS (Positive Behavioral Interventions and Supports) est le cadre américain dont l'approche Bissonnette est l'adaptation francophone la plus structurée. Les principes sont identiques : pyramide à trois niveaux, enseignement explicite, renforcement positif, données de suivi. Bissonnette y ajoute une rigueur méthodologique issue de l'enseignement explicite à la française, plus adaptée aux contextes éducatifs francophones.
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Julien Bonnin — Consultant gestion et organisation à Montpellier. Depuis quinze ans, il accompagne des structures de toute taille pour remettre de la clarté dans leurs outils, leurs règles et leurs processus.